T’ES CELIBATAIRE? COMMENT CA SE FAIT?

T’ES CELIBATAIRE? COMMENT CA SE FAIT?

Être célibataire en 2020, un choix? Un calvaire? À l’heure des app’ de rencontre en un swipe et des likes faciles sur Instagram, faut-il encore croire en l’âme sœur? Existe-t-elle vraiment? L’amour est-il un but en soi? Décryptage et rencontre avec Alessandro, Jean et Matthias, tous les trois célibataires.

Je me rappelle de ce jeu dans la cours de récréation. Le chiffre inscrit en dessous de ton verre à la cantine te révélait l’âge auquel tu allais te marier. 23. J’avais pioché 23 ans. Et ça me paraissait totalement logique. Quinze ans plus tard, la réalité est toute autre. Pas l’ombre d’un mariage, et c’est très bien comme ça. Oui oui, même si oncle Edmond et tantine Jeanine sont persuadés que le célibataire est malheureux et que par conséquent, je suis à plaindre… « Tu trouveras le bon au bon moment » me dit-on, réveillant en moi un tas de questions: pourquoi, aujourd’hui encore, le couple reste-t-il un tel objectif de vie et d’accomplissement? Pourquoi la vie en duo correspond-elle au schéma “normal”? L’amour définit-il notre valeur

« Tu trouveras le bon »

En 2009, la Belgique comptait 4 690 887 célibataires. En 2019, 5 537 255. Une augmentation importante et pourtant, le célibat reste « hors norme ». Le nombre de divorces, lui ne cesse d’augmenter aussi, et pourtant, le couple reste la normalité et le célibat, une pénitence (Source: Life-Magazine). La preuve? Toutes les réflexions auxquelles sont confrontées les âmes solos. Florilège des pépites entendues par nos témoins du jour… “T’en as pas marre d’être seul, tu ne veux pas te poser maintenant?”, “La prochaine sera la bonne. Tu es gentil, tu as toutes les qualités, je ne comprends pas pourquoi tu ne trouves pas”, “Au bon moment, tu trouveras la bonne personne. Il faut attendre, ça arrivera quand ça arrivera”.

Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, on peut être célibataire par choix. Être célibataire et vouloir se poser, ça existe aussi. Malgré une évolution dans beaucoup de domaines, le modèle du couple reste l’exemple, le modèle standard, le schéma conventionnel et celui qui est censé fonctionner. « C’est comme ça » et c’est difficile d’entendre que ça peut être autrement, et aller très bien aussi.

Un célibat: plusieurs façons de le vivre

Attention, ne faisons pas de généralités ici. Tous les célibataires ne l’ont pas choisi, de la même façon que tous les célibataires ne subissent pas leur célibat. Mais le célibat est avant tout un sujet personnel. Or, le célibataire est vite perçu comme instable, car refusant de se poser, ou malheureux, car ne trouvant pas chaussure à son pied. Le fait de ne pas être en couple est perçu comme un état de transition entre deux relations. Une parenthèse dans une vie… Mais il peine à s’imposer comme un état à part entière.

Les célibataires feraient-ils peur? Car cela signifierait qu’on peut se placer hors de la case du sacro-saint couple et être épanoui? Que le couple n’est peut être pas l’unique recette du bonheur?

« À 30 ans, je dois être en ménage, appart et tout »

Est-ce que la société transmet cette pression sur les célibataires? L’éducation de nos parents, d’une autre génération nous a-t-elle communiqué cette pression et ce « devoir »? Pour le savoir, j’ai interrogé quelques cœurs à prendre.

26 ans ça ma foutu un énorme coup. Dans ma tête je me suis mis une pression. À 30 ans, il fallait que je sois en couple, installé, dans un appartement… C’est une pression que je me suis mise tout seul. Depuis que j’ai 26 ans, je me répète que dans 4 ans, j’ai 30 ans et j‘ai l’impression d’être nulle part dans ma vie amoureuse. Je flippe vraiment d’être seul à la fin de ma vie parce que c’est un « objectif » de construire une famille avec des enfants. Du coup, à l’approche des 30 ans, on se met cette pression, simplement parce qu’on a été éduqués par des personnes ayant cette mentalité. Là, je suis arrivé à un âge où je sais ce que je veux et si je me mets avec quelqu’un, c’est vraiment dans le but de finir ma vie avec, ce qui n’était pas le cas avant. La pression, je me la mets tout seul car personne ne me dit rien. Je me dis que je n’ai pas envie de finir tout seul. Après « autant de temps » de célibat, je me remets en question. J’ai parfois peur d’être passé à côté de la femme de ma vie. D’avoir gâché des relations passées, alors que j’aurai pu construire de belles choses. – Alessandro.

Moi, j’ai trop peur d’être seul et trop peur de reconstruire quelque chose. – Jean

Peur de ne pas être aimé, peur de finir seul, de ne pas être comme les autres, de décevoir. Peur aussi de s’être habitué à être seul, et heureux. Outre la pression sociale, il y a celle que l’on se met seul. Il y a aussi la crainte de sortir de cette zone de confort qui est désormais le célibat. Peur de ne jamais trouver et de finir seul. Le cap des 30 ans semble être un pallier, une deadline. Outre l’horloge biologique qui tourne pour les femmes, voir son entourage « évoluer », « avancer » dans la vie, se mettre en ménage et faire des enfants peut aussi participer à cette angoisse d’être “en retard”. Mais le célibataire fait-il pour autant du surplace? Est-ce une régression? Pourquoi vieillir seul fait encore peur? Nos parents ne nous ont-ils pas éduqués afin que l’on puisse, justement, se suffire à nous-mêmes et être indépendants

Il y a une différence de génération entre nous et nos parents: ils se mariaient à 20 ans, et avaient des enfants à 25 ans. Nous, à 25 ans, on est à peine sortis des études. Du coup, ils s’interrogent sur notre mode de vie. La société a évolué: avant, l’important était de fonder une famille. Désormais, on ne construit pas une famille avant d’avoir une stabilité financière. – Jean

Il y a un conflit générationnel. Pour la génération de mes parents, une fois que tu t’engages amoureusement, c’est pour la vie. Peu importe les difficultés. – Matthias

« Une fois que ce pilier s’effondre, tu es foutu »

En étant célibataire, tu apprends à redevenir ton propre pilier tandis que quand tu es en couple, tu as tendance à faire de ton partenaire cette béquille dans ta vie. Sauf qu’une fois que ce pilier s’effondre ou se barre, t’es foutu. Quand tu es ton propre pilier, tu es livré à toi-même et c’est un avantage. – Matthias

Une opinion que partage Déborah Duley, psychologue, qui explique ceci: “On devrait respecter le célibat, car c’est souvent pendant les périodes de solitude qu’on découvre qui l’on est vraiment, ce qu’on veut dans la vie et ce qui nous passionne.”

On peut souvent entendre que le célibataire est égoïste, qu’il ne laisse de la place pour personne dans sa vie, qu’il ne sait pas faire de concessions. C’est un raccourci un peu facile. Il y a des couples très égoïstes et des célibataires très altruistes. Il ne faut pas confondre solitude et égoïsme. Le célibataire vit pour lui, au détriment de .. personne. Sortir du célibat, c’est donner cette stabilité que l’on s’est construit seul à quelqu’un d’autre. Ce que effraie plus d’un célibataire.

Quand t’es tout seul pendant longtemps, tu apprends à te débrouiller par toi-même et faire des trucs pour toi sans penser à ce que l’autre va vouloir ou va interpréter, donc tu fais que des trucs pour ton kiff’ sans être influencé par une autre personne. – Alessandro

Finalement, ne serait-il pas plus enrichissant d’éviter de ranger chaque personne dans une case? Il y a peut être des moments pour être seul et d’autres pour ne pas l’être. Des envies, des rencontres. Mais avant tout, il n’y a pas de règles.

« Je fais un article sur les célibataires. Du coup, j’ai pensé à vous » Merci Jean, Aless et Matthias pour vos témoignages édifiants et votre expertise sur le sujet (sans rancunes <3). 

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On remet ça lundi prochain, 19h?